Sermig

La conscience frappe a la porte

Nous vivons actuellement un des moments les plus difficiles de notre histoire. La tragédie frappe chaque jour à la porte de notre humanité, de notre intelligence. Autour de nous règnent la haine et l’indifférence la plus totale ; c’est parfois beaucoup plus fort que mille bombes atomiques.
C’est un paradoxe. Nous sommes en mesure d’aller sur la Lune, sur Mars, de fabriquer des missiles appelés « intelligents » qui frappent une aiguille dans une meule de foin à des milliers de kilomètres de distance . Nous sommes capables de vaincre des maladies incurables hier. Et pourtant, nous les hommes ,nous ne sommes pas encore en mesure de reconnaitre dans le visage de notre prochain notre visage. C’est une folie.

Chers amis, l’espérance est difficile devant une telle réalité. Mais l’aujourd’hui est encore entre nos mains. C’est justement dans les moments les plus difficiles de notre histoire que l’espérance nous oblige à croire que ce qui n’a pas pu être, peut être. Le moment est venu pour chanter un hymne à l’espérance et réveiller le bon qu’il y a en nous, qu’il y a peut être en tous.

Durant ces derniers mois, le Seigneur, à travers des signes de grâce particuliers, nous a conduit à prendre la décision d’organiser le « 4ème Rendez-Vous Mondial des Jeunes de la Paix » le 4 Octobre 2014, le jour de la Fête de St François d’Assise, à Naples. Nous ne serons pas à Naples parce que c’est une ville plus difficile que les autres, nous n’instrumentaliserons pas sa souffrance, nous ne crierons pas « Au loup ! Au loup ! ». Nous serons tout simplement à Naples sereins et silencieux, convaincus que la lumière annulera l’obscurité, car nous croyons que la promesse du Seigneur peut se révéler dans cette ville : « Ils t’appelleront ‘ Ville du Seigneur ’, ‘ Sion du Saint d’Israël ’. Après avoir été complètement oubliée, haïe, sans que personne te traverse, je ferai de toi l’orgueil des siècles, la joie de toutes les générations » (Is 60, 14-15).

Même si le négatif semble dominer sans s’arrêter, nous ne devons pas abandonner, nous ne devons pas cesser de nous demander : « Existe-t-il une mesure de l’amour ? De la justice ? Oui, elle existe. Avec une parole de sagesse, le prophète Samuel nous l’indique dans la Bible. C’était un homme puissant. Avant de se retirer, avant d’aller à la retraite dirions-nous aujourd’hui, Samuel appela son peuple pour le réunir et demanda : « Qui a volé ? Qui a traité son prochain avec dédain ? Qui a offensé ? Qui a accepté un cadeau pour fermer les yeux sur une injustice ? Si je l’ai fait, je suis ici pour restituer ! » (1 Sam 12,3).

L’Evangile également apporte une véritable révolution : « Si donc tu présentes ton offrande à l’autel et là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, va auparavant te réconcilier avec ton frère et ensuite revient pour donner ton offrande » (Mt 5, 23-24). Qui pense croire, mais également qui pense ne pas croire, a devant soi une grande provocation : comprendre comment se réconcilier avec ceux que l’on a tué à cause de la faim, à cause de la guerre et à cause de la maladie, avec ceux que nous avons rendu chômeurs chroniques, avec ceux que nous avons mis au rang des prostituées. Avec les enfants que nous avons contraints à devenir soldats ou enfants objets, et avec des millions d’enfants non-nés.

Je pourrais me tourner vers le haut, me scandaliser, polémiquer, prononcer des noms et prénoms. Ce serait facile ! Mais depuis longtemps j’ai compris qu’il vaut mieux se tourner vers soi–même, pour se demander à quoi sommes nous prêts à faire d’abord. Pointer le doigt sur chacun de nous, jeunes et adultes, sur qui est prisonnier de faux mythes, sur qui a peur de lever la tête de la conscience et comprendre que les petits sont invités à faire de grandes choses.
Les moments difficiles que nous vivons peuvent être un terrain fertile pour les dictatures ou les dérives de l’autoritarisme, ou alors une bonne terre pour un nouveau printemps. Nous y croyons et nous rêvons d’un monde nouveau. C’est possible uniquement si on fait entendre la voix de la conscience, à tout âge de la vie, commençant dès le plus jeune âge et par de petites choses.

La conscience ne parle pas inutilement. Elle agit et permet d’« être ». Le monde peut changer, nous avons en nous la force intérieure pour le faire, une force qui bout et germe en nous . Il y a des scandales, c’est vrai, il est inutile de se le cacher et tourner le dos. Mais les scandales ne doivent pas nous faire peur. La peur est exactement le contraire de la conscience. Les amis de Dieu et de l’homme n’ont pas peur du changement. Je me souviens de la phrase d’un homme de Dieu qui vit au milieu des gens écrasés par le pouvoir violent de la mafia : « J’en ai assez de voir mourir des gens espérant que les choses changeront mais elles ne changent jamais ». Ce n’est pas un abandon, c’est un hurlement de douleur que je fais mien : « Seigneur, aide-nous ! Nous nous sentons abandonnés en ces jours, mais aide-nous ! ». Dieu est le premier à croire en nous, à nous confier un monde que nous devons faire grandir et dont nous devons prendre soin. Mais chacun de nous doit faire sa part, de façon responsable.

Chers amis, au Rendez-vous du 4 Octobre prochain à Naples, nous devons nous préparer en nous convertissant pour pouvoir ensuite proposer, avec notre présence et crédibilité, la conversion de chaque participant. Le Seigneur jouit car il voit déjà les fruits que ces rencontres porteront. Il voit déjà le bien qui partira de Naples car le « envoie -moi » à trouver sa maison : « Puis j’ai entendu la voix du Seigneur qui disait : ‘ Qui j’enverrai et qui ira pour nous ?’ et j’ai répondu ‘ Me voilà, envoie-moi !’ » (Is 6,8).

Ernesto Olivero